Michael Ruff
Bio
Chanteur, claviériste, auteur-compositeur et arrangeur, Michael Ruff incarnait au cœur des années 1980 la face la plus introspective, spirituelle et habitée du son de Los Angeles. Loin des clichés balnéaires et du clinquant de l'époque, sa musique naviguait dans un créneau subtil, à la lisière d'un Contemporary Christian Music (CCM) laïque et d'une Pop-Soul d'une immense sophistication harmonique.
Ruff se fait d'abord un nom dans les coulisses de l'industrie californienne. Sideman et compositeur recherché, son jeu de claviers délicat (notamment sa maîtrise du Fender Rhodes et des premiers synthétiseurs digitaux comme le Yamaha DX7) séduit des pointures majeures. Il collabore ainsi étroitement avec des artistes de premier plan tels que David Sanborn, Chaka Khan, Amy Grant, ou encore le duo BeBe & CeCe Winans, pour lesquels il joue au claviers pour leur premier album en 1984. C’est cette même année que Michael Ruff livre son chef-d’œuvre absolu en solo : « Once in a Lifetime », publié chez Warner Bros. Sous la supervision artistique du légendaire producteur Tommy LiPuma et capturé par les ingénieurs Eliott Sheiner et Bill Schnee, l'album réunit la crème absolue des musiciens de studio de L.A. Ruff y impose sa signature : une voix feutrée privilégiant la confidence et la respiration à l'esbroufe, portée par des grilles d'accords d'une grande richesse, teintées de jazz-fusion.
Quatre ans après « Once in a Lifetime », Michael Ruff revient en 1988 avec un second opus éponyme en format mini Lp chez Califusa. Produit cette fois ci par lui même avec Guy Charbonneau, l'album tente de polir le son de Ruff pour l'adapter aux exigences de la fin de la décennie. Malgré une reconnaissance critique internationale, notamment en Europe et au Japon où il conserve un statut d'icône culte auprès des esthètes de l'AOR, Michael Ruff est toujours resté fidèle à cette exigence organique et cette retenue. Sa discographie, bien que confidentielle pour le grand public, demeure aujourd'hui un sanctuaire incontournable pour les amoureux d'un groove californien authentique, profond et habité.
Si les années qui suivent son chef-d’œuvre de 1984 marquent un relatif éloignement des majors et des studios, la trajectoire de Michael Ruff n'en demeure pas moins passionnante pour les audiophiles.
Au début des années 1990, il s'exile artistiquement vers l'Europe du Nord et le Japon, terres d’élection des puristes de l'AOR. En 1992, il enregistre au Danemark le superbe et très organique « Michael Ruff Band », suivi en 1993 de l'acclamé «Speaking in Melodies ». Ces albums offre un écrin aux thèmes des rituels et de la cosmogonie amérindienne. Par la suite, à travers son propre label indépendant RuffMixMusic, Michael Ruff continuera de documenter son art tout au long des décennies 2000 à 2020 via des opus intimistes (Lovesongs & Lullabies, Everything) et de formidables témoignages scéniques captés en club (Live at La Vee Lee). Une œuvre tardive, presque exclusivement numérique, mais toujours habitée par le même toucher de clavier et cette authenticité indomptable par le souffle du désert et les esprits du vent.
Discographie vinyle essentielle
Mon avis : Il est évident que Michael Ruff n'a pas la verve de Bill Labounty ou le coffre de Michael McDonald, mais il est une respiration plus qu'une interprétation ; Ruff utilise son souffle, sa fragilité, il ne feint pas l'urgence, il installe une confidence. Il n'en demeure pas moins qu'il est inspiré plutôt par la westcoast intérieur au sens propre comme au figuré. Sa touche au piano électrique (DX) est délicate avec un jeu pop d’inspiration CCM (il vient de là) même s'il maitrise certains accords complexes de fusion pour servir l’émotion. L'album ne cherche pas l'esbroufe de la mise en scène ou le cliché blue pacific mais il déroule avec retenu et maitrise une orchestration pointu en cochant les cases du genre sans tomber dans la facilité. C'est un album de CCM laïque dans la forme, de westcoast authentique de l'interieur. Le creneau était étroit, mais Michael Ruff réussit un sans faute sous la supervision et non l'intrusion artistique de Tommy LiPuma. Ce dernier a mis à sa disposition le top de l’ingénierie et a veillé à ce que l'orchestration reste pointue et millimétrée, tout en laissait la cellule spirituelle artistique de Michael Ruff intacte.
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