Donald Fagen & STEELY DAN
Bio
STEELY DAN est un groupe légendaire qui a imposé un style unique d’expérimentation et de sophistication à la croisée du jazz fusion, de la pop et du soft rock. Devenu iconique depuis les années 70 jusqu’à aujourd’hui. Son histoire ou plutôt sa légende a débuté en 1967, quand Donald Fagen rencontre Walter Becker au Bard Collège de New York, un enseignement d’enseignement supérieur libéral des sciences et des arts. De leur amitié, nait une passion commune pour le blues de Chicago, la soul et l’envi d’écriture et de composition. Ils se produisent dans des formations locales au coté de Terrence Boylan. Puis, ils déménagent à Los Angeles, où ils rejoignent le producteur Gary Katz pour lequel ils commencent à travailler chez abc Records. Ce trio sera le germe de STEELY DAN ; Donald Fagen aux claviers, Walter Becker à la basse, rejoint par les guitaristes Denny Dias, Jeff Baxter, le batteur Jim Hodder et le chanteur interprète David Palmer.
En 1972, STEELY DAN sort son premier album « Can’t buy a thrill » qui leur apporte les premiers succès avec les titres “Do it again” et “reelin’”. L’album « countdown to extasy » suivi l’année suivante. Mais c’est la sortie de « Pretzel Logic » en 1974 qui va consolider leur réputation pour sa qualité et sa sophistication. Le succès sera ponctué de tournées et de deux autres albums. Mais lassés des frasques de groupe, Fagen et Becker préfèrent se retirer de la formation initiale pour se concentrer uniquement sur la composition et le travail de studio. De leur implication totale, est enregistré « aja » que chacun considère à présent qu’il constitue le sommet artistique du trio ; Fagen/Becker/Katz désormais le nouveau STEELY DAN. « aja » reçoit un accueil critique dithyrambique et sera certifié album de platine. En 1980, avec la même formulation et une réorientation plus New Yorkaise, « gaucho » poursuit son œuvre artistique où la rareté des albums de STEELY DAN crée aussi l’attente. En 1982, Donald Fagen sort un album solo « the nightfly » entièrement enregistré numériquement avec toujours ce souci de l’écriture, de la composition et du soin accordé à la production jusqu’au mixage.
Bien que STEELY DAN se soit mis entre parenthèse, chacun de leur coté ou ensemble, Fagen et Becker ne chôment pas puisqu’ils s’affairent à composer et à produire pour d’autres artistes. Le duo se réunit à nouveau en studio pour le second album de Fagen « kamakiriad » en 1993 et aussi pour celui, le premier, de Becker « 11 tracks a whack » en 1994 tout en effectuant une tournée ensemble au japon.
In 2000, STEELY DAN est officiellement réunit à nouveau pour « Two Against Nature », leur ultime album depuis 20 ans. Ce dernier récolte 3 grammy Awards : album de l’année, meilleur performance vocale pop et meilleur album pop vocal . Ils réitère l’expérience STEELY DAN pour leur ultime opus « Everything Must Go » en 2003 après lequel a suivi une tournée triomphale.
En 2017, Becker passe l’arme à gauche et Fagen s’est juré de continuer à jouer, chanter, se produit sous la bannière Steely Dan pour honorer le souvenir de son ami et le fait jusqu’à aujourd’hui.
Leur message est toujours d’actualité et demeure à méditer : « Sombres tyrans, nous méprisons toutes les terreurs que vous projetez. Toute votre fureur sera vaine, et s’achevera dans une piteuse confusion ! » Handel’s Athalia
Discographie vinyle essentielle
Mon avis : Avec « Aja », Steely Dan ne réalise pas seulement une fusion : ils inventent la Jazz-Pop de précision, un genre dont ils restent les seuls maîtres absolus. L'album refuse de choisir son camp parce qu'il utilise le meilleur des deux mondes : Le squelette Soft Rock / Pop : Les chansons gardent des formats accessibles, des refrains mémorables et une efficacité mélodique redoutable ("Peg", "Deacon Blues"). Le son est propre, poli, calibré pour les radios FM californiennes. Pour la chair Jazz : Les structures d'accords sont d'une complexité folle (substitutions tritoniques, accords d'inversion...). Fagen écrit des thèmes de Jazz camouflés en chansons Pop. L'exploit d'« Aja » réside dans sa méthode de fabrication. Walter Becker et Donald Fagen ont poussé le concept du groupe de studio à son paroxysme. Ils ne cherchent un groupe qui joue ensemble et la note parfaite pour chaque mesure avec un casting de solistes redoutables. Pour le titre éponyme "Aja" (7 minutes 50 de pure bravoure), ils font appel à Wayne Shorter (le géant du saxophone de Weather Report) qui vient poser un solo d'une poésie inouïe en seulement deux prises, au-dessus de la batterie stratosphérique de Steve Gadd. En quête du solo de guitare ultime pour "Peg" : Becker et Fagen ont fait défiler six ou sept des plus grands guitaristes de session de Los Angeles, dont Robben Ford et Jay Graydon pour jouer le solo. Graydon finira par passer des heures en studio pour construire, mesure par mesure, un solo d'une précision chirurgicale devenu historique. « Aja » inaugure ce qu'on appellera plus tard la Yacht Rock / West Coast de haute précision ou l'Audiophile Pop. C'est l'album où l'exigence du Jazz s'est habillée en costume trois-pièces West Coast. Un chef-d'œuvre de sophistication où la cérébralité de la composition s'efface derrière une fluidité d'écoute absolue.
Mon avis : Avec « Gaucho », on quitte la lumière, la fluidité et la rondeur californienne d’ « Aja » pour plonger dans le froid clinique de New York, il en est la version nocturne, désabusée et ultra-urbaine. L'esthétique Jazz-Pop est passée au filtre du Groove new-yorkais, le cynisme des années 80 pointe le bout de son nez, et une névrose de studio devenue presque maladive. « Gaucho » s’ancre dans le bitume de Manhattan. L'arrivée de figures de la scène Funk/R&B et Jazz new-yorkaise, les batteurs imposent un beat plus lourd, plus syncopé et d'une implacable colonne comme sur "Babylon Sisters", "Glamour Profession". Pour cet album Roger Nichols, l’ingénieur du son principal, invente le premier véritable échantillonneur/boîte à rythmes numérique de précision (Wendel) pour remplacer ou quantifier les frappes de batterie. De ce fait, « Gaucho » perd la souplesse organique d' « aja » pour gagner une pulsation chirurgicale, presque robotique, qui incarne à la perfection le New York financier et la brutalité du tournant sociétal de la décennie. Musicalement, les arrangements de cuivres signés Tom Scott et Rob Mounsey sont d'une sophistication et d'une retenue inouïes, mais ils servent des textes d'une noirceur absolue. Fagen et Becker y dépeignent le crépuscule des illusions des seventies et l’irruption de la décadence urbaine, c’est l'art ultime de Steely Dan : emballer des récits du cynisme new-yorkais dans des harmonies Jazz/Funk d'un luxe inouï et d'un lissé parfait. « gaucho » est d'une beauté vénéneuse, où chaque note semble avoir été pesée au milligramme près pour créer l'album le plus brillant, le plus froid et le plus fascinant de la discographie du trio avant leur longue pause de 20 ans.
Mon avis : L'album est conçu comme un concept-album autobiographique vu à travers le prisme de Lester "the Nightfly", ce DJ de nuit fictif sur la station WJAZ. L'atmosphère évoque directement cette Amérique paternaliste où la science et les institutions promettaient un avenir radieux. Fagen ne signe pas une simple étude nostalgique : il orchestre un regard d'adulte sur les rêves d'un adolescent de la banlieue américaine des années 50. La tension fascinante de « the naughty » vient du contraste entre cet imaginaire naïf ; la confiance aveugle dans le progrès, le confort nucléaire, la technologie bienveillante, la figure rassurante de la nation protectrice U.S. et la perfection clinique, hyper-moderne de sa production. Le morceau d'ouverture "I.G.Y." fait référence à l'Année géophysique internationale (International Geophysical Year, 1957-1958). Fagen y chante, avec une ironie mordante mais empreinte de tendresse, une futurologie radieuse pleine de promesses technologiques. C'est l'essence même de cette insouciance institutionnelle, où l'Amérique se pensait invincible et maîtresse du futur. Avec "New Frontier", la guerre froide y est abordée avec une légèreté presque déroutante ; un adolescent invite une fille dans l'abri anti-atlantique construit par son père dans le jardin, sur fond de jazz-pop chaloupé. La menace existentielle devient le décor d'une séduction adolescente sous le regard bienveillant et protecteur de la figure paternelle. Pour mettre en scène cet imaginaire rétro, Fagen et son producteur Gary Katz ont paradoxalement utilisé les technologies les plus en pointes de 1982 : « The Nightfly » est l'un des tout premiers enregistrements entièrement numériques sur enregistreur 3M 32 pistes
Roger Nichols, l’ingénieur du son perfectionne la boîte à rythmes / échantillonneur Wendel pour aligner la batterie avec une précision atomique, tout en conservant les timbres d'une vraie batterie acoustique jouée par Jeff Porcaro ou Steve Gadd.
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